Lundi 3 mars 2008
"Place Henri Rollet"
-scène vécue-

Ce banc en a vu d’autres, et grand bien lui fasse.
Moi, aussi, cette place je la connais.

Urine, clochards.
Chiens, pizzeria.
Poussette, enfance.
Que sais-je…

Cet après-midi, deux hommes étaient assis sur ce banc.
Noirs.
Africains, sans doute.
Amulette dans une bague ciselée sur le doigt du plus vieux.

Elégants comme des diplomates, costume trop large du dernier chic.
Sourires francs pour chacun d’eux, fierté.

Le plus âgé montre à l’autre, un porte document ridiculement vide.
L’autre lui tape l’épaule d’impatience.

La conclusion d’un accord, me dis-je,
La promesse d’une embauche pour un poste important ?
Un papier que tous les deux attendent, les yeux brillants.

Je me joins, de loin à leur enthousiasme, comme pour assister à une victoire.

Les rires s’effacent, les yeux s’ouvrent plus encore.

Le cœur battant, l’homme à la serviette montre un papier, à son ami.

Passants inattentifs, poussettes, sortie d’école, sans doute.

Il sort un crayon et émerveille son ami.
Regards fiers, torse bombé d’orgueil,
Ils se serrent la main… s’étreignent.

Cet homme montre à son fils une chose extraordinaire,
La plus belle des choses qui lui soit arrivée depuis qu’il a quitté son pays.

Il apprend à écrire.

Alors, oui, ce banc a vu bien des choses, porté bien des fatigues, supporté bien des pleurs,
Bien des attentes.
Mais cet après-midi là, sur ce banc,
Etait assis le plus fier des hommes.
par Charles Bloch publié dans : Livre I
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Commentaires

Très joli texte. J'arrive à me représenter cette scène.
commentaire n° : 1 posté par : joey le: 03/03/2008 20:33:19
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